Comment ont évolué la gauche et la droite ces dernières années au Canada? Libre Média en a discuté avec le politologue André Lamoureux et l’ex-stratège Yan Plante.
Auparavant, la gauche canadienne défendait les intérêts des classes ouvrière et moyenne par l’entremise de politiques de redistribution de la richesse.
Sur le plan identitaire, cette dernière prônait la laïcité de l’État et une politique d’immigration basée sur l’intégration des nouveaux arrivants aux valeurs de la majorité.
C’est du moins l’analyse que fait le politologue André Lamoureux avec Libre Média.
«La gauche était un courant universaliste généralement laïque et soudé aux travailleurs et aux classes moyennes. Elle préconisait une intégration citoyenne de tous indépendamment de leurs origines», estime-t-il.
De la classe ouvrière au wokisme
Maintenant, une nouvelle gauche aux tendances racialistes a pris le dessus sur la gauche traditionnelle. L'égalité est toujours au centre de ses préoccupations, mais elle ne s'intéresse plus aux mêmes groupes.
On peut observer ce phénomène partout en Occident: en France avec le parti France insoumise, au Québec avec la formation Québec solidaire, au Canada avec le Parti libéral de Justin Trudeau, aux États-Unis avec le Parti démocrate, etc.
On peut observer ce phénomène partout en Occident: en France avec le parti France insoumise, au Québec avec la formation Québec solidaire, au Canada avec le Parti libéral de Justin Trudeau, aux États-Unis avec le Parti démocrate, etc.
«Cette gauche prône un certain repli des communautés culturelles et même des intégristes religieux. De plus, elle est adepte de l’idéologie intersectionnelle et victimaire», ajoute-t-il.
Selon André Lamoureux, ce mouvement progressiste a donc une vision manichéenne du monde.
«D’un côté, il y aurait une majorité blanche dominatrice, oppressive et colonialiste puis de l’autre, des minorités historiquement et toujours sans cesse opprimées et victimes de racisme systémique», déplore-t-il.
Ces dernières années, la gauche canadienne a délaissé de nombreux thèmes économiques pour se concentrer sur des thèmes liés à la reconnaissance, à l’identité et à l’environnement (question autochtone, décolonisation, identité de genre, changement climatique, etc.), ce qui représente un important virage idéologique.
La droite canadienne: une coalition hétérogène
Contrairement à la gauche dont l’unité idéologique est beaucoup plus claire, au Canada, la droite est une grande coalition composée de trois factions: les progressistes conservateurs, les libertariens et les conservateurs sociaux.
Les progressistes conservateurs préconisent un libéralisme économique basé sur le libre marché, une baisse du fardeau fiscal des entreprises et des citoyens, moins de réglementation gouvernementale, etc.
Par contre, sur le plan social, ils sont plutôt progressistes comme l’explique l’ancien stratège conservateur Yan Plante: «Sur les enjeux sociaux, moraux, de justice sociale et concernant les droits des communautés LGBTQ et autochtones, ces derniers sont plus progressistes et modernes que les conservateurs sociaux.»
Sur le plan politique, cette frange est surtout présente dans l’est du Canada. Dans l’actuelle course conservatrice, Jean Charest représente ce courant.
L’État, le problème ou la solution?
Quant à lui, le mouvement libertarien prône un État minimaliste où ce dernier s’occupe de ses missions de base aussi appelées pouvoirs régaliens: les affaires étrangères, les finances, la sécurité publique, la justice, les transports, etc.
Les libertariens estiment que le gouvernement fait plus souvent partie du problème que de la solution. «C’est une frange qui préconise un État moins lourd et plus efficace», précise Yan Plante. Dans la course conservatrice, c’est Pierre Poilièvre qui représente ce mouvement.
Subséquemment, chez les conservateurs sociaux, il existe deux sous-groupes: le mouvement pro-vie et les défenseurs des valeurs familiales traditionnelles.
Les premiers militent presque uniquement contre l’avortement. «Les conservateurs religieux sont obsédés par les enjeux sociaux dont ils parlent dans leurs églises. Ces groupes anti-avortement mènent aussi leur combat sur la scène politique», explique Yan Plante.
Pour l’ancien stratège, les conservateurs religieux sont minoritaires chez la droite sociale, mais ils sont très mobilisés et impliqués dans leur communauté. «On entend plus parler des groupes anti-avortement parce que cela frappe l’imaginaire», mentionne-t-il.
Le deuxième groupe défend surtout les valeurs familiales traditionnelles. La liberté de choix est l’élément central de ce mouvement.
«Ces gens-là préfèrent recevoir une allocation familiale plutôt que d’avoir un système de garderies dirigé par le gouvernement. Pour eux, ce sont les familles qui décident pour leurs enfants et non pas des bureaucrates.»
Les conservateurs à nouveau divisés
Actuellement, la droite canadienne est profondément divisée.
Selon Yan Plante, depuis sa défaite de 2015, chaque frange du mouvement conservateur tente d’imposer ses idées et sa vision aux deux autres. Les deux derniers chefs conservateurs n’auraient pas vraiment réussi à imposer un leadership fort et à unifier la droite.
«Actuellement, la droite canadienne est en crise, car elle cherche son identité». De son côté, la gauche canadienne a réussi à s’entendre et à unir ses forces afin de gouverner le pays jusqu’en 2025. Est-ce que l’entente entre le PLC et le NPD va tenir à Ottawa?
Est-ce que le prochain chef de droite sera en mesure de réconcilier la grande famille conservatrice? Seul le temps nous le dira.













