Pour réduire l’anxiété, misons sur l’intelligence et non sur la peur

Un écolier doit se soumettre à un contrôle de température avant d’entrer dans le centre de tutorat STAR Eco Station le 2 septembre 2020 à Culver City, en Californie. Photo: Mario Tama pour l’AFP.

Vendredi le 4 novembre 2022, à 11:40

Selon la psychoéducatrice Sarah-Ursula Therrien, l’anxiété en hausse dans les sociétés contemporaines s’explique aussi par les discours apocalyptiques et anxiogènes tenus dans les médias et par certains politiciens. 

 

Selon une étude réalisée en 2021 par l’Université de Sherbrooke, près d’un jeune sur deux (48%) entre 12 et 25 ans rapporte vivre des symptômes qui sont compatibles avec un trouble d’anxiété généralisé ou une dépression majeure. 

 

Quant à la prise d’antidépresseurs chez les moins de 17 ans, elle aurait bondi de 260% sur une période de 15 ans. Comment expliquer une telle détresse chez nos adultes de demain?

 

L’anxiété toujours en hausse

 

On estime que les principales causes de l’anxiété se divisent en quatre catégories distinctes, soit la perte de contrôle, l’imprévisibilité, la nouveauté et l’égo menacé. D’emblée, les jeunes peuvent être plus vulnérables à ce type de problématiques, puisqu’ils ont moins de ressources pour y faire face. 

 

Maintenant que nous sommes désormais considérés en période post-pandémie, les demandes d’aides pour des troubles anxieux de toutes sortent continuent d’exploser. Les premières recommandations pour traiter l’anxiété devraient être un suivi psychosocial réalisé par un professionnel, ou une psychothérapie. 

 

Or, les délais dans le réseau public découragent de nombreuses familles et les amènent à envisager d’autres solutions pour pallier les difficultés de santé mentale vécues par les adolescents et les jeunes adultes. 

 

Si quatre familles sur dix peuvent se permettre de se tourner vers le secteur privé, les délais y sont là aussi de plus en plus longs. 

 

Pour celles qui n’en ont pas les moyens ou qui ne peuvent plus attendre, le choix d’opter pour la médication devient la voie privilégiée, faute de service. 

 

La médication atténue certes les symptômes anxieux ou dépressifs, mais elle n’apprend en rien les actions préventives liées à la gestion du stress, les stratégies d’apaisement potentielles, ou encore des méthodes d’autosoin pour les périodes plus difficiles. 

 

La médication ne permet pas non plus à la personne de pouvoir normaliser et exprimer ce qu’elle vit auprès d’une personne qualifiée, qui pourrait lui offrir un accompagnement professionnel. 

 

La responsabilité sociale des adultes 

 

Au cours des dernières semaines, j’ai recueilli des témoignages troublants d’adolescents avec lesquels je travaille depuis plusieurs mois déjà. Une majorité d’entre eux vivent avec un trouble anxieux sévère et sont médicamentés. 

 

C’est en abordant les causes de leur anxiété et de leurs symptômes dépressifs que la société actuelle ressort comme facteur explicatif central. 

 

À titre d’exemple, dans le milieu de l’éducation, des propos choquants sont parfois tenus par des enseignants du secondaire. De toute évidence, ceux-ci sont des vecteurs importants de stress chez les adolescents et identifiés comme tel par ces derniers.

 

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Ainsi, au début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine l’an dernier, un enseignant du cours d’Éthique et culture religieuse aurait affirmé à ses élèves que la conscription était à venir et qu’ils devaient s’y préparer mentalement. 

 

Pour sa part, un autre enseignant du cours Monde contemporain raconte régulièrement à ses élèves qu’il resterait entre 10 et 30 ans à vivre aux humains sur terre, puisque des immigrants arriveraient de partout dans le monde pour fuir la famine, la pauvreté, la crise climatique et que toute la population finirait par mourir de faim. 

 

L’une des personnes rencontrées me raconte ensuite qu’elle a dû quitter son cours rapidement, puisqu’elle a fait une crise d’anxiété et n’a pas été en mesure de réintégrer une salle de classe pour le reste de la journée. 

 

Comment voulez-vous qu’une personne dont la santé mentale est fragile accueille de tels propos, tandis que même pour une personne dotée d’un bon équilibre, cela représente un discours plutôt anxiogène? 

 

L’éco-anxiété: la réalité de la jeunesse d’aujourd’hui

 

Sujet de plus en plus discuté dans la sphère publique, l’éco-anxiété toucherait également la majorité des jeunes de 16 à 25 ans. En effet, selon une étude publiée par The Lancet, qui a interrogée 10 000 jeunes dans 10 pays différents, on estime que 75% d’entre eux seraient effrayés par l’avenir en raison des changements climatiques. 

 

Cet aspect réfère directement au sentiment de perte de contrôle et à l’imprévisibilité en ce qui concerne le futur. La faible confiance qu’ils démontrent envers les dirigeants politiques, quant à la gestion de cette crise, les affecterait aussi considérablement. 

 

Bien que ce soit un sujet dont il faut discuter et pour lequel des solutions doivent être élaborées, la façon de le présenter et de l’aborder peut avoir un impact négatif la santé mentale de plusieurs jeunes et moins jeunes. 

 

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Lorsque la situation dégénère au point de mener à un «éco-suicide», comme dans les cas de David Buckel, un avocat qui s’est immolé avec des carburants fossiles pour dénoncer la pollution, ou d’Howard Green, un activiste qui a demandé le suicide assisté, il importe de remettre en question les méthodes de faire actuelles, qui sont fortement anxiogènes. 

 

Plutôt que de menacer la jeunesse avec des scénarios catastrophes qui les affectent profondément, pourquoi ne pas se concentrer sur les choses qu’il est possible de contrôler, par rapport à soi-même et à son environnement? 

 

Travaillons tous ensemble sur des pistes de solutions intelligentes, un pas à la fois dans la bonne direction et cessons de miser sur une campagne de peur pour espérer un changement.